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Un des premiers chemins que nous ayons pris s'appelle la "liberté politique". Il faut donner la liberté politique à tous, disons-nous et le monde sera heureux. laissez-nous choisir notre gouvernement et alors la vie vaudra la peine d'être vécue. Nous avons obtenu la liberté politique mais non pas un monde meilleur. Nos journaux quotidiens nous informent de corruption en haut lieu, de favoritisme, d'exploitation et d'hypocrisie égalant, et quelquefois surpassant, le despotisme des anciens rois. La liberté politique est une chose excellente mais, à elle seule, elle ne peut nous donner le monde que nous désirons.
Il est un autre chemin plein d'espérance, appelé la "culture"; beaucoup de gens croient pouvoir s'y fier. La liberté politique unie à la culture, voilà le secret, disait-on. Et nous nous sommes précipités tête baissée sur ce chemin. Il nous a paru brillant, bien éclairé et raisonnable pendant longtemps. Nous nous y sommes avancés avec empressement et d'un pas assuré; mais où nous a-t-il conduits? Lisez les enquêtes faites dans les collèges et les universités, voyez les dissensions entre éducateurs, les doctrines dangereuses qu'ils professent, et enfin, le nombre croissant de malfaiteurs "cultivés" qui peuplent les prisons et les pénitenciers. Et vous ne tarderez pas à vous convaincre que la culture seule ne suffit pas.
Le chemin le plus attrayant est pour beaucoup celui du "plus haut standard de vie". Chacun a cru qu'on allait être conduit automatiquement dans un monde meilleur le jour où il n'y aurait plus "qu'à appuyer sur le bouton". C'est le chemin qui, par les réclames magnifiques des journaux illustrés, nous conduit aux brillantes voitures, aux luisantes rangées de réfrigérateurs électriques et de machines à laver, aux poulets appétissants cuits dans les casseroles les plus modernes. Cette fois nous avons atteint le but. Les autres chemins étaient mauvais! Celui-ci est à coup sûr le bon!
Cependant, regardez autour de vous en cet instant même. Actuellement, la liberté politique a atteint en Amérique un degré impensable pour beaucoup d'autres pays civilisés. Les Etats-Unis possèdent le système d'instruction publique le plus complet que les hommes aient jamais créé, et on fait l'éloge de notre haut standard de vie. La "vie américaine", comme nous aimons appeler cette existence entièrement électrifiée et automatique, nous a-t-elle rendus heureux? Nous a-t-elle apporté la joie, la satisfaction et la raison de vivre que nous cherchions?
Non. Nous avons la satisfaction et la fierté d'avoir réalisé ce que tant de générations avant nous n'osaient même pas rêver: nous traversons les océans en quelques heures au lieu de quelque mois; nous avons découvert des remèdes miraculeux qui suppriment quelques-unes des plus graves maladies; nous avons construit des gratte-ciel à coté desquels la tour de Babel n'est qu'une taupinière; nous avons sondé les secrets ensevelis dans les profondeurs de la mer st scruté les espaces infinis de l'univers... Mais est-ce que tout cela comble le vide qui est en nous? Toutes ces merveilles modernes nous apportent-elles un sentiment de plénitude, nous aident-elles à comprendre pourquoi nous sommes ici, nous montrent-elles ce que nous devons apprendre?
Ou bien cet affreux sentiment de vide subsiste-t-il? Chaque nouvelle découverte de la grandeur de l'univers vous réconforte-t-elle ou vous laisse-t-elle plus seul et misérable que jamais? L'antidote de la crainte, de la haine et de la corruption humaines repose-t-il dans une éprouvette de laboratoire ou dans le télescope d'un astronome?...
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